Estienne GAILLARD de SAINT-GERMAIN.

Par son descendant Rodolphe de SAINT-GERMAIN.

 

 

 

 

 

La page qui suit a pour but de retracer la vie de l’un de nos ancêtres paternels, Estienne Gaillard de Saint-Germain, homme de détermination et de sagesse, qui sut, à un moment où la noblesse était de plus que jamais menacée, se concilier les uns et les autres et fructifier un patrimoine déjà florissant.

 

            Estienne, dont on peut voir le portrait ci-dessus, est né un jour de dimanche 21 janvier 1748, à 7h ¾, comme nous le renseigne la généalogie familiale du XVIII° siècle conservée par la famille d’Agier de Rufosse, descendante d’Estienne de Saint-Germain.

 

Il était le sixième enfant de Nicolas III Gaillard, audiencier en la chancellerie au parlement de Rouen, reçu conseiller-secrétaire du roi, Maison Couronne de France, en 1740, et de Marie Anne Rose le Couteulx des Aubrys, appartenant à l’une des plus puissantes familles de Rouen. La famille s’était établie dans cette ville dès 1734, alors qu’elle était originaire de Saint-Malo et de Fougères en Bretagne. C’est dans cette dernière que Jacques Gaillard, seigneur de la Bouëxière, donna naissance à deux branches de la famille, celles des la Bouëxière, implantée à Paris où elle s’allia entre autres avec les familles Hocquart de Montfermeil, de Granges de Surgères, de la Blâche, de Cossé-Brissac, de Montesquiou ; et celle des Saint-Germain, établie d’abord à Saint-Malo, puis en Normandie pour Nicolas III, et à Toulouse pour René Bernard de Gaillard de Frouzins, ville dans laquelle il devint capitoul.

 

         Estienne naquit, alors que seuls huit mois de grossesse s’étaient écoulés. Marie Louise Rolland, sœur de Marie Anne Rose Gaillard, voyant que l’enfant était en danger et que sa santé semblait fragile, décida de l’ondoyer de ses mains. Mais l’enfant survécut et fut baptisé deux jours plus tard, le 23, par son oncle Jacques Gaillard, chanoine de la cathédrale de Rouen, en l’église Saint-Michel, assisté de Monsieur de Rupierre, curé de la paroisse.

Jean Estienne le Couteulx des Aubrys, son grand père, juge consul, échevin et grand négociant de Rouen, ainsi que Marie Claire d’Agède, sa tante, femme de René Bernard de Gaillard de Frouzins, furent ses parrains.

 

 

Estienne passa sa plus tendre enfance à Rouen dans l’hôtel familial rue aux Ours mais ces quelques années furent pour ses parents des moments de profonde tristesse. Sur les 7 enfants qu’ils eurent, seuls Estienne passa le cap des 15 ans. Il en résulte peut-être de ces instants où la mort et la douleur s’acharnèrent sur la famille la précocité d’un enfant qui portait si tôt tout l’avenir que ses parents préparaient pour lui.

Dès qu’Estienne eut 4 ans, il fut envoyé par son père au collège du Plessis à Paris, l’un des plus prestigieux de France, situé dans le quartier latin, où il y retrouva son frère Nicolas René et son cousin Nicolas Etienne Emmanuel Gaillard de Beaumanoir, fils de Jean Baptiste Gaillard de la Bouëxière, baron de Beaumanoir. Son père voulait lui donner une éducation à la hauteur de son rang et faire de lui le modèle du parfait gentilhomme

           

Nicolas III Gaillard avait fait dans son enfance de longs voyages en Espagne, à Cadix plus particulièrement, afin d’y apprendre le métier de négociant.

 

Nicolas III GAILLARD

 

C’est probablement à l’occasion de l’un de ces voyages qu’il fut mis en relation avec celui qui allait devenir son futur beau père. Il garda de cette expérience des adresses et des connaissances qu’il mettra à la disposition de son fils. Estienne fut ainsi très tôt envoyé en Espagne, et en Angleterre également, afin qu’il y parfasse son éducation.

 

Au retour de l’un de ces voyages, en 1757, il fut confronté à la mort de son frère et compagnon de jeu, Nicolas René, qui avait été atteint de la petite vérole, alors qu’il était au collège à Paris. Ce frère aîné avait été enterré dans la précipitation pour éviter toute contagion au cimetière de Saint-André des Arts, cimetière qui jouxtait la paroisse du chirurgien chez lequel il avait été transporté.

Cette mort marque encore une fois le jeune Estienne, mais sans aucun doute ces évènements contribuèrent à forger sa détermination dans des évènements qui plus tard n’auraient pu que l’affaiblir. Douze années plus tard, c’est son père qui meurt le laissant seul avec sa mère. Celle-ci épousera quatre ans plus tard Charles Guillaume Simon de Montgoubert de la Hellotière, qui aidera Estienne dans son établissement à Paris en 1775.

 

         En 1775 justement, préférant s’établir dans une ville qui symbolisait au mieux la nouveauté, Estienne fixa ses affaires à Paris. Quelles sont donc les affaires en question ?

Il s’agissait des différentes maisons de commerce que son père possédait à Rouen, à Cadix et à Paris. Il s’agissait également des affaires liées à sa fonction de receveur général des Fermes qu’il s’était certes attribuée dans la ville de Rouen, mais qui lui permettait de les traiter à distance. Estienne ne s’était donc pas totalement détaché de Rouen. Il avait hérité de l’hôtel familial et avait adhéré à Rouen à l’entreprise le Couteulx qui comprenait un cercle très fermé de 5 associés dans il faisait partie.

C’est la même année de son installation à Paris qu’Estienne Gaillard de Saint-Germain épousa Mademoiselle Geneviève Rose Vieillard, fille d’un ancien échevin-conseiller du roi en l’Hôtel de Ville et Payeur des Rentes.

 

 

Ce sont probablement ses cousins Beaumanoir qui lui présentèrent cette jeune fille de 17 ans à peine qui, d’après les mémoires de son petit fils Stanislas de Saint-Germain, avait reçu de sa mère (que Stanislas compare à Blanche de Castille)  une éducation très stricte. La famille Vieillard était très en vue dans le Marais, à une époque où les meilleures familles se cotoyaient dans ce quartier aux hôtels particuliers tout de splendeur et de richesse.

 

Hôtel GAILLARD de SAINT-GERMAIN

 

Geneviève Rose était née à Paris le 9 juillet 1759, alors que son père était encore négociant dans le commerce des Epices, commerce très en vogue depuis la création de la compagnie des Indes en 1719. Elle apportait en dot comme nous l’indique le contrait de mariage passé chez M° Dosfant, une somme de 150.000 livres, plus d’un million d’euros, et Estienne une dot de 390.000 livres (plus 2 millions d’euros) comprenant entre autres la maison familiale rue aux Ours à Rouen, une propriété à la campagne, différentes maisons de commerce, plusieurs navires en pacotille, des intérêts dans des mines de France et d’Espagne, de la vaisselle d’argent, des bijoux et des diamants.

Le patrimoine d’Estienne était déjà à cette époque considérable, enrichi des héritages de son père, et bientôt de ceux de son beau père, décédé en 1780, et de son arrière beau père, Monsieur Louis Clément Vieillard, mort en 1788 en son hôtel rue de Vendôme entouré de ses deux fils Olivier Clément et Augustin Vieillard du Coudray, et de ses petites filles.

 

         Estienne avait acquit depuis quelques année déjà la seigneurie et de le château du Mailly dans le village de Saint-Germain-la-Poterie qui appartenait à la famille de Cacqueray de l’Orme.

 

 

Le château sera plus tard reconstruit par le fils d’Estienne, Clément de Saint-Germain, par des travaux qui durèrent cinq ans et qui lui donnèrent un style tout à fait Empire.

Estienne et Geneviève Rose eurent, avant qu’ils n’achètent le château, trois enfants dont deux morts nés, une fille, née à Paris le 30 novembre 1775 et un garçon né dans la nuit du 7 au 8 décembre 1776. Enfin naquit un enfant vivant, Clément, né rue Grange Batelière à Paris le 15 septembre 1778, après un accouchement très douloureux pour la jeune maman. Estienne et Geneviève Rose n’ayant plus d’autres enfants, toute leur attention se porta sur Clément. Il est à noter que par deux fois la famille faillit s’éteindre. Heureusement pour Nicolas et Estienne, la destinée leur donna à chaque fois un héritier mâle.

 

         Mais voici que l’horizon de la France n’est plus tout à fait le même depuis quelques temps. Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise. Sont proclamés des principes pour le moins étranges pour une monarchie qui n’a su voir venir les revendications du peuple français.

Et pourtant depuis plus de 50 ans déjà, l’on sentait naître une opinion publique de plus en plus virulente contre la monarchie absolue. Les pamphlets, les libelles et les philosophes d’en donnaient à cœur joie ; les petites gens s’en amusaient. Ne disait-on pas que le roi, malade, se baignait pour se guérir dans du sang d’enfant sacrifié ?

Il serait intéressant d’associer destabilisation de l’autorité royale et agitation parlementaire car c’était bien le Parlement de Paris qui orchestrait ce sentiment d’une monarchie absolutiste. Louis XV se rendait bien comte que l’agitation se faisait de plus en plus grande. La journée de la flagellation durant laquelle il se rendit personnellement devant les parlementaires afin de les obliger à se ranger à ses côtés. Louis XVI prenait aussi conscience que la France avait bien changé depuis la mort de son aïeul, le roi Soleil. Il fut sans doute victime d’un système qu’il aurait été bien difficile de réformer.

Car comment ne pas considérer que derrière le roi, les nobles eux aussi détenaient un pouvoir local très fort. Comme au Moyen-Age, les Banalités, qui sont ces mises sous imposition de biens seigneuriaux, existent toujours. Cela explique ce sentiment d’injustice entretenu chez les paysans contre les nobles et cela explique que ces derniers aient été autant attaqués.

 

La situation était la même pour Estienne et sa famille qui furent très prudents face à l’avancée des évènements afin de ne mettre à aucun moment leur vie en réel danger. Estienne poussa son épouse à se réfugier quelques temps avec le jeune Clément au château de Vayres, en région parisienne, qui appartenait au beau frère de Geneviève Rose, Jean Baptiste Blanchet de la Sablière. Les trois sœurs, Mesdames Blanchet de la Sablière, Chuppin, d’Anglade et Gaillard de Saint-Germain, y restèrent, pendant que leurs maris s’occupaient de leurs affaires respectives.

         Estienne comparut en 1789 aux Assemblées de la Noblesse qui se tenaient à Beauvais pour la rédaction du cahier des Plaintes et doléances de la noblesse et l’élection d’un député de son ordre aux Etats Généraux.

On ne peut pas dire qu’Estienne ait eu de sérieux problèmes lors de la Révolution. Comme nous le renseigne Stanislas de Saint-Germain dans ses mémoires ou les notices parues sur notre famille, les Saint-Germain étaient parfaitement intégrés dans la vie de Saint-Germain la Poterie. Geneviève Rose possédait une grande générosité héritée de sa mère et usait de son temps libre à aider les pauvres. Elle avait ainsi accueilli au château quelques pauvres religieuses chassées de leur couvent par les révolutionnaires. Elle rendait de même souvent visite aux maisons de charité présentes dans la région, apportant aux plus démunis réconfort et nourriture.

La famille Gaillard de Saint-Germain était donc estimée par la population et n’aura pas eu besoin par conséquent de fuir dans les années 1789-1794.

La révolution fit quand même des victimes dans les autres branches de la famille. Les Frouzins en furent touchés, puisque Jean Louis René de Gaillard de Frouzins, cousin germain d’Estienne, fut jeté à la prison de la visitation comme deux autres de ses frères et fut exécuté sur la place de la Révolution le 14 janvier 1794, pour avoir protesté contre sa mise en accusation.

La famille paya donc assez chèrement sa contribution à la contre-révolution. 

 

         Les Saint-Germain avaient depuis une quinzaine d’années préféré le Beauvaisis où elle recevait cousins et parents, mais pour ses fonctions Estienne n’oublia pas totalement Paris. Clément, qui devenait grand, fut envoyé comme son père dans la capitale pour y recevoir une éducation à la hauteur de ses qualités intellectuelles. Il y était reçu par sa grand-mère qui entretenait à l’époque de très bonnes relations avec une certaine Madame de Monmerqué-Desrochais. C’est cette dernière qui présenta sa jeune nièce, Marie Anne Adélaïde Théresse de la Chaussée, dont elle avait la charge depuis que ses parents Jacques Emmanuel et Marie Victoire Martin de Martinfort avaient été massacrés par les révolutionnaires huit années auparavant, à Clément qui était alors en âge de se marier.

 

Adélaïde Théresse de la Chaussée.

 

Les deux jeunes gens éprouvèrent une attirance mutuelle et décidèrent de se marier, chose très rare à l’époque puisque les mariages étaient avant tout des mariages d’intérêt et de stratégie.

Le mariage eut lieu en grande pompe à Paris le 19 février 1805 et Estienne bien sûr était présent à la cérémonie, où il retrouva ses neveux le Couteulx tel que Jean Barthélémy le Couteulx de Canteleu qui deviendra plus tard sénateur. Ce mariage marquait une fois encore l’implantation à Paris de la famille car les Théresse étaient de vieille souche parisienne où elle avait acquis de grandes charges dans la justice.

 

         Estienne devenait de plus en plus âgé et restait désormais toute l’année avec sa femme à Saint-Germain, tout en faisant de temps à autre quelques séjours au château d’Evry appartenant à la famille Vieillard ou à celui de Bois l’Evêque qu’il venait d’hériter de son beau-père, Monsieur de Montgoubert.

Il avait développé après la révolution la manufacture du Becquet, où était fabriquée de la couperose verte, qui reviendra à sa mort à son fils Clément, lui même qui se spécialisera dans cette industrie et développera encore davantage la manufacture.

Les dernières années d’Estienne détériorèrent quelque peu les relations entre lui et son fils, comme si le passé entre deux générations, l’une ayant été témoin des bouleversements de la France et connu les frayeurs de la Révolution, et l’autre promise à un avenir de nouveauté. Les relations entre les deux hommes étaient souvent tendues, mais l’esprit de famille restait le même, un esprit profondément ouvert, réfléchi et sage.

 

         Estienne Gaillard de Saint-Germain, seigneur de Saint-Germain-la-Poterie, mourut au château du Mailly entouré de sa femme et de ses dévoués serviteurs, le 28 septembre 1812, après qu’il se fusse senti fatigué dans cette soirée de fin d’été.

Il garde le souvenir d’un homme jovial, ouvert et généreux. Son fils, pourtant en froid avec lui, reconnut les qualités de son père dans une lettre que Stanislas eut à sa connaissance.

Il fut à l’origine d’une nombreuse descendance qui subsiste encore de nos jours. 

 

 

Rodolphe de SAINT-GERMAIN.

 

 

 

Vous pouvez contacter Rodolphe de Saint-Germain pour des renseignements supplémentaires à l’adresse suivante : rodolphe.de.saint-germain@caramail.com.

 

Tableau généalogique succint :

 

Estienne GAILLARD de SAINT-GERMAIN

Ep. Geneviève Rose VIEILLARD.

I

Clément GAILLARD de SAINT-GERMAIN.

Ep. Marie Anne Adélaïde THERESSE de la CHAUSSEE.

I

I

Marie Clément GAILLARD de SAINT-GERMAIN.

Louise Félicité VERGER (fille de Joseph Marie François Léon Verger et de Louise Clotilde de RAMBAUD).

I

I

I

I

I

I

Patrick GAILLARD de SAINT-GERMAIN.

 

 

 

 

 

 

 

 

Philippe de BENGY de PUYVALLEE.
ép. Marguerite de DIESBACH de BELLEROCHE.

I

Simone de BENGY de PUYVALLEE.

Ep. Albert de BENGY, vicomte des PORCHES.

I

Marie Antoinette de BENGY des PORCHES.

 

I

Marine, Rodolphe, Enguerran, Alban GAILLARD de SAINT-GERMAIN.

 

 

Pour tout savoir sur quelques uns des ancêtres de Marine, Rodolphe, Enguerran et Alban de Saint-Germain, visitez les sites de :

 

-          Guy de Rambaud sur Agathe Rosalie de Rambaud, née Mottet de Ribécourt, berceuse de Louis XVII.( http://www.histoire.org/revolutionfr/articles/rambaud/agathe_de_rambaud.htm)

-          Benoist de Diesbach de Belleroche sur les portraits de la famille de Diesbach. (http://www.fortunecity.com/millenium/dipsy/113/portraits.html)

Loïc de Saint-Pol sur leurs ancêtres Bengy notamment. (http://www.chez.com/saintpol/complet/index.html)